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L'affiche noire
Act Up a placardé dans Paris une affiche intitulée "La communauté que nous voulons" qui est une véritable profession de foi communautariste. Une initiative qui va à l'encontre de l'idée d'un mouvement homosexuel en voie de banalisation et d'intégration dans la société.
(droits réservés)
Depuis plusieurs semaines les murs de Paris, en particulier dans le quartier du Marais, ont vu fleurir des affiches noires marquées du sigle de l'association homosexuelle Act Up Paris.

Sous le titre "La communauté que nous voulons", l'affiche d'Act Up se présente comme un manifeste communautaire volontiers provocateur (voir texte ci-dessous).

Alors qu'Act Up jouit généralement d'une bonne couverture de ses actions dans la presse, cette initiative a été peu relayée et à peine commentée. Emanant d'une association emblématique du mouvement gay, présente depuis les années 1980 sur le front de la lutte contre le sida, et désormais en pointe sur les débats autour du mariage homosexuel ou de la loi anti-homophobie, ce texte mérite pourtant d'être lu avec attention.

Outre la référence communautaire explicite, qui est assez rare en France où le communautarisme avance généralement masqué, ce qui frappe d'abord c'est le "nous".

Qui c'est ce "nous" ?

Act Up ? Et dans ce cas-là, ça ne pèse pas lourd quand on sait que l'association activiste, dont les rangs ont fondu à mesure que se banalisait l'accès aux trithérapies, ne compte plus que quelques dizaines de militants.

Les homosexuels ? Mais Act Up, dont les méthodes brutales et l'agressivité ne font pas l'unanimité, est-il vraiment fondé à parler en leur nom ?

La réponse est sans doute entre les deux : Act Up Paris, que son fondateur, Didier Lestrade définissait comme le "leader charismatique de l'homosexualité en France", entend exercer une sorte de magistère moral sur la mouvement gay. Ce "nous", c'est l'association conçue comme un ordre de moines-soldats de la cause homosexuelle.

Par sa radicalité affichée, le manifeste d'Act Up est à mille lieues de l'image lisse, domestique, voire bourgeoise, que les médias donnent aujourd'hui des homosexuels et sur laquelle prospèrent des revendications comme le mariage ou l'adoption. En effet, Act Up ne dit pas un mot sur l'amour, sur l'engagement, sur la vie commune mais évoque "les amants", "l'invention de pratiques sexuelles", les "bordels", la "baise"... C'est peut-être parce qu'il tranche ainsi avec le discours ambiant autour d'une homosexualité de proximité, sereine et apaisée que le texte d'Act Up n'a guère trouvé d'écho chez les relais habituels de l'association.

Sur le plan politique, Act Up entend fonder son propos identitaire sur le thème en vogue de la mémoire. Même si celle-ci flanche un peu... En effet, lorsque l'association met sur le compte de "l'attentisme des pouvoirs publics" le développement tragique de l'épidémie de sida dans les années 1980, elle oublie un peu vite le déni manifesté par une frange significative du milieu homosexuel -et notamment dans ses cercles festifs- qui voyait dans l'idée d'un "cancer gay" une invention d'extrême-droite pour stigmatiser les pratiques homosexuelles (voir à ce sujet le livre de Frédéric Martel, Le rose et le noir, Les homosexuels en France depuis 1968, Points Seuil).

Dans son texte, Act Up, fidèle à sa tradition, place le sida au coeur de l'identité homosexuelle. C'était sans doute vrai il y a une dizaine d'années lorsque cette question a favorisé l'action collective des homosexuels et un intérêt accru de la société envers leurs revendications qui ont abouti en 1999 au vote du pacs. Ca l'est sans doute moins aujourd'hui où le succès populaire de la Gay Pride (700.000 personnes recensées à Paris en 2004) contraste avec l'atonie des dons enregistrés à l'occasion de manifestations comme le Sidaction. C'est moins vrai à l'heure où le mouvement homosexuel est en proie à des fissures identitaires entre gays et lesbiennes qui, pour des raisons évidentes, ne considèrent pas le péril du sida de la même façon. C'est moins vrai alors que, pour les jeunes et pour le grand public, des personnalités consensuelles comme Steevy ou Amélie Mauresmo prennent le pas sur la figure excentrique de Freddie Mercury dans la représentation de l'homosexualité.

Mais le passage le plus gênant du texte d'Act Up réside dans les deux derniers paragraphes qui font référence à ses méthodes d'action et à sa conception du débat. Act Up appelle de ses voeux une communauté homosexuelle "hystérique" et entend lutter contre l'homophobie jusque "dans ses propres rangs". Act Up revendique donc le statut de police communautaire que l'association a construit en menant des actions punitives contre des établissements homosexuels (des bars parisiens suspectés de ne pas respecter les régles de prévention préconisées par Act Up) ou en s'en prenant à des écrivains du mouvements gay jugés dissidents comme Erik Rémès qui s'est défendu en résumant ainsi le projet de l'association activiste : "mettre un flic devant chaque trou du cul".

Chose rare en France, Act Up se revendique du "politiquement correct", cette importation américaine jaillie d'une certaine morale protestante qui, malgré ses progrès effrayants dans les discours et les attitudes, n'a cessé d'être décriée dans notre pays. Au passage, l'association se contredit lorsqu'elle affirme que "la violence n'a pas de vertu" alors même qu'elle y a volontiers recours à travers ses opérations coups de poing qu'elle désigne sous l'euphémisme de "zap" et qui sont en réalité des descentes musclées.

"Qui ne nous aime pas est notre ennemi". C'est ainsi qu'Act Up conçoit le rapport aux autres des homosexuels. Si tu ne m'aimes pas prends garde à toi ! Curieuse conception de la vie en société et de la tolérance... Ainsi, selon Act Up, il n'y aurait que des homophiles et des homophobes. On ne pourrait pas s'en tenir à une position d'indifférence à l'égard de cette "communauté". On ne pourrait pas affirmer que l'on se moque bien de ce que font les individus dans leur lit, et avec qui, et qu'on ne veut les apprécier qu'au regard de leurs qualités personnelles. Et quel sort sera donc réservé à tous ceux qui n'aiment pas Act Up et à ceux, encore plus nombreux, qui se fichent bien de ce groupuscule hargneux ?

La seule bonne nouvelle que l'on peut lire sur cette fameuse affiche est dans la dernière phrase : "La communauté que nous voulons n'est pas celle que nous avons".

Ouf !

Le texte de l'affiche d'Act Up :

LA COMMUNAUTE QUE NOUS VOULONS

« EST SEXUELLE. On y refuse de choisir ses amants en fonction de leur statut sérologique, on y utilise donc systématiquement le préservatif et du gel. On y invente et valorise des pratiques sexuelles non contaminantes, comme autant de réponses à l’épidémie de sida.

A DE LA MÉMOIRE. On s’y rappelle que l’hécatombe qu’elle a connue a été la conséquence de l’attentisme homophobe des pouvoirs publics et on est décidé à ne pas s’y laisser prendre une nouvelle fois. On n’y a pas oublié ceux qui sont morts, et on estime que la multiplication des pratiques à risques, la poursuite et l’accroissement du rythme des contaminations par le VIH, font injure à leur souvenir.

EST INTRANSIGEANTE. On y trouve criminels les discours bareback et noKpotes, pathétiques ceux qui les tiennent, et minables ceux qui les appliquent. On y considère que les patrons de bordels qui refusent de mettre en place des politiques efficaces de prévention et se lavent les mains du fait que des clients soient contaminés dans leurs murs, sont complices du sida, et on entend le faire savoir.

EST MOBILISÉE. On y est personnellement engagé quand on assiste, à côté de soi, dans une backroom ou un lieu de drague, à une baise non protégée. On s’y sent collectivement responsable chaque fois qu’une nouvelle personne est contaminée, parce qu’on n’a pas tout fait pour l’empêcher.

EST INQUIÈTE. On y sait qu’à de rares exceptions, on n’a pas pris la mesure de la catastrophe représentée par le « relapse ». On y redoute en France une augmentation aussi massive du nombre d’homosexuels et de bisexuels séropositifs qu’en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. On y attend avec appréhension la publication des chiffres des nouvelles contaminations.

SAIT COMPTER. On n’y ignore pas qu’il n’y a jamais eu, dans toute l’histoire de l’épidémie, autant de gays vivant avec le VIH et s’affrontant quotidiennement aux difficultés de la séropositivité et aux drames du sida. On y exclut que le sida soit une histoire oubliée et la lutte contre l’épidémie un dossier clos.

EST HYSTÉRIQUE. On y croit à l’action politique, on y croit que les destins des minorités sont liés, on y croit en l’action collective, on aime y manifester. On y combat une homophobie qui règne en dehors d’elle, mais aussi dans ses propres rangs. On y juge que l’idée de communauté, avec ce qu’elle exige de solidarité et ce qu’elle implique de fierté, n’est pas un vain mot.

EST FIÈRE D’ÊTRE IDIOTE. On y trouve que le politiquement correct a de la vertu, et que la souffrance et la violence n’en ont pas. On y est certain que qui ne nous aime pas est notre ennemi. On y pense qu’il est bon d’être gai et vivant.

La communauté que nous voulons n’est pas celle que nous avons. » .

Voir l'affiche sur le site d'Act Up Paris : http://www.actupparis.org/article1680.html

2004-07-31

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