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Voyage au pays de l'antiracisme (1/2)
Le concert des associations antiracistes vire parfois à la cacophonie. Mais quelle mouche a donc piqué les héritiers modernes de l'Abbé Grégoire -symbole de l'émancipation des juifs de France- et de Victor Shoelcher -à qui nous devons l'abolition définitive de l'esclavage ?
Illustration d'époque (XVIII°) pour la fable d'Esope originale (droits réservés)
Où, avant de partir à la découverte des figures contemporaines de l'antiracisme, il semble utile - sans ennuyer le lecteur plus qu'il n'est nécessaire - de se doter, sur le racisme qu'il combat, de quelques références théoriques.
Sans doute faudrait-il lui préférer le terme de xénophobie – dans son acception sociologique et sa dimension pathologique, tant cette vision d'une humanité séparée en « races » distinctes n'a pas résisté aux progrès de la science contemporaine. Et esquissons donc cette définition d'une xénophobie comme une forme particulière d'hostilité dirigée vers d'autres individus, non en raison de leurs actes, paroles et comportements, mais du seul fait de leur appartenance réelle ou supposée à un groupe humain perçu comme homogène et distinct par certaines de ses caractéritiques - objectives ou non - de celui auquel on imagine soi-même appartenir. Déniant à l'Autre tout exercice de son libre arbitre, elle l'assigne à résidence – au nom d'une vision essentialiste de « l'identité » – dans une « communauté » d'appartenance sur laquelle elle projette une représentation particulière et négative qui en fait le bouc-émissaire de nos propres peurs. « Si ce n'est toi, c'est donc ton frère » et, à défaut, « c'est donc l'un des tiens », hurle le Loup de la Fable. (1)

Cette réification de l'individu et sa réduction à un stéréotype du groupe humain visé fonctionne d'autant mieux que, la plupart du temps, la personne objet de xénophobie n'a pas le choix de son appartenance à la communauté ciblée en raison même de la définition qui en est proposée. Ainsi n'a-t-on pas le choix de son genre, de sa couleur de peau et de son origine « ethnique », du lieu de sa naissance, de la religion de ses parents, et, très vraisemblablement que fort marginalement de son orientation sexuelle. Une autre figure de la xénophobie consiste à opérer le retournement logique – par contraposition - du principe de base. C'est ici la non-appartenance au(x) groupe(s) ciblé(s) qui motive des préjugés cette fois-ci positifs, puisque antagonistes des représentations dévalorisantes associées aux autres groupes. On voit ici comment xénophobie et communautarisme ont en commun certains mécanismes d'identification.

A l'évidence, les représentations sociales et collectives des groupes humains qui motivent et structurent les différentes formes de xénophobie sont elles aussi diverses, multiples et changeantes. Elles sont par nature spécifiques tant aux communautés visées qu'aux sociétés qui les produisent, et prennent aussi part d'une dynamique historique. Ceci explique que les manifestations de xénophobie puissent prendre, selon l'époque, le lieu et leur cible des modalités extrèmement diverses. Non, la répartition par nature (dégradations de biens, injures, violences faites aux personnes, discriminations à l'emploi, au logement et aux loisirs, etc.) des actes xénophobes n'est pas identique aujourd'hui selon que ceux-ci visent les Noirs, les Juifs, les Arabes, les Femmes, les Asiatiques, ou les Homosexuels, pour ne citer que ces groupes.

Mais cette « spécificité » modale, lorsqu'elle se traduit – chez certains acteurs de la lutte antiraciste - par une spécialisation dominante ou exclusive - qu'elle soit revendiquée, simplement assumée ou implicite, dans une cause particulière conduit immanquablement à une indécente hiérarchie des victimes, le plus souvent au service d'autres objectifs politiques et idéologiques. Elle tend à occulter que le mécanisme de toutes les formes de xénophobie, par-delà même leur diversité, est bien identique, et qu'aucune forme ne peut prétendre au statut d'archétype. Elle contribue à dénaturer un combat universel en y introduisant une logique de luttes claniques qui n'est pas sans conséquences en retour sur l'augmentation du niveau des tensions xénophobes. Tel est le paradoxe des « pompiers pyromanes » !

Etat des lieux des organisations antiracistes
Sans aucune prétention à l'exhaustivité, on tentera ici de proposer une ébauche de classification, ainsi qu'une caractérisation très sommaire, des associations qui se revendiquent aujourd'hui et en France de la lutte contre le racisme, à titre principal ou accessoire, selon leur stratégie, leur idéologie éventuelle et leurs objectifs.

Le premier groupe est celui qualifié de « droit-de-l'hommiste » par ses détracteurs. Dotés d'une large implantation internationale, la lutte contre toutes les formes de xénophobie n'y apparaît que comme la conséquence logique d'un engagement plus étendu dans son objet.

Amnesty International (2), mouvement fondé en 1961 à l'initiative d'un avocat britannique, est aujourd'hui présent dans 140 pays de par le monde. Sa stratégie repose sur deux spécificités : la concentration de son action militante de base sur quelques causes (« campagnes ») prioritaires (torture, peine de mort, prisonniers d'opinion) d'une part, la non-implication de ses sections locales dans les causes nationales de l'autre.

Née en 1898 à l'occasion de l'Affaire Dreyfus, la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) (3) a aujourd'hui essaimé – par l'intermédiaire de la FIDH crée en 1922 - dans 85 pays. Son combat se veut résolument plus politique, et se démarque nettement du pragmatisme « à l'anglo-saxone » de sa benjamine. L'intervention des associations nationales dans le débat de leur pays d'appartenance explique sans doute qu'elle dispose d'une moindre implantation internationale.

Le second comprend des mouvements qui se revendiquent cette fois-ci explicitement de l'antiracisme, et dont le champ d'action est pour l'essentiel franco-français.

Fondée en 1928, la Ligue Internationale Contre l'Antisémitisme (LICA) élargira progressivement son champ d'action à d'autres discriminations , et adjoindra un « R » à son sigle en 1979 pour devenir LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme) (4). Son action est incontestablement généraliste, même si la lutte contre l'antisémitisme y reste largement une préoccupation dominante et une référence fondatrice. Elle s'est aussi illustrée au cours de ses dernières années, par son implication – aux côtés d'organisations spécifiquement communautaires et de « professionnels » du harcèlement judiciaire (5), dans une série d'actions contre des personnalités suspectes à ses yeux d'antisémitisme du fait de propos et d'engagements jugés comme trop pro-palestiniens. Force est de constater, à ce jour, que ce que la plupart des ses détracteurs qualifieront de « procès en sorcellerie » n'ont pas prospéré de la manière attendue, puisque la plupart des mis en cause ont été – à juste titre - relaxés. Ces épisodes ont en tout cas largement contribué à faire apparaître la « jeune vieille dame » comme partie prenante des polémiques inter-communautaires. Quant à son président en exercice, il vient d'être choisi par le président de l'UMP pour conduire la liste francilienne de ce mouvement aux prochaines élections européennes, en remplacement de l'ex-ministre de l'Industrie initialement pressenti.

Le MRAP fut fondé en 1979 par des militants des droits de l'homme proches du PCF (6). Son action est elle aussi généraliste (7). Cette association est actuellement et depuis près de deux ans la cible d'attaques virulentes de la part des organisations qui revendiquent une « représentativité politique » de la « communauté juive » en raison de positions que certains jugeront à sens unique sur les atteintes aux droits de l'homme en Palestine. Mais ses procureurs échappent-ils aux reproches qu'ils lui adressent (8) ? Sur un point au moins, le requisitoire s'égare : l'accusation qui lui est faite de minimiser voire d'ignorer l'ampleur de la vague d'actes antisémites qui frappe notre pays, quand cette organisation fut, avec SOS-Racisme et ceci dès octobre 2000 (9) – la première à attirer l'attention des médias sur ce phénomène, alors que nombre d'organisations « communautaires » ne jugeront utiles d'élever la voix qu'à compter de la fin de l'année 2001. Pour autant, le message du MRAP n'est pas toujours un exemple de limpidité. On se souviendra, en particulier, de cette rocambolesque affaire des « filles Levy », où le mouvement vola au secours de deux adolescentes issus d'un couple mixte et non pratiquant qui avaient décidé de porter le voile. Le fait que le père fut un militant du MRAP a, il est vrai, sans doute joué un rôle dans une mobilisation probablement disproportionnée. Côté politique, on se rappelera aussi de l'engagement de son président en exercice Mouloud Aounit sur la liste aux élections régionales parrainée par le PCF en Seine Saint-Denis, puis de son éviction d'une vice-présidence de la région après de fortes pressions de la part d'intellectuels et d'associations pro-israéliennes (10).

SOS-Racisme (11) est né en octobre 1984 dans la foulée de la « marche des beurs », et bénificiera tout au long des « années Mitterand » du généreux soutien des parrains et mécènes recrutés à l'initiative de Pierre Bergé. Longtemps réservoir commode de supplétifs estampillés « banlieue » aisément mobilisables au plus grand profit de la stratégie électorale du Parti Socialiste, le mouvement verra sa base militante se tarir au cours des années 90. Cette érosion, aggravée par une gestion qui n'a pas toujours fait la preuve d'un grand discernement ni d'une stricte économie de moyens provenant pour l'essentiel de généreuses subventions et des fonds secrets de Matignon, conduira au début 2003 à sa mise sous le contrôle financier de l'Etat à la demande de son président en exercice. Sa démocratie interne semble encore perfectible, du moins aux dires des sécessionistes (12).Dans le contexte de la recrudescence des actes antisémites observée depuis la fin de l'année 2000, SOS a engagé un partenariat très étroit avec l'Union des Etudiants Juifs de France (UEJF) concrétisé par la diffusion de communiqués de presse communs, la publication d'un livre collectif (Les Antifeujs, Calmann-Lévy, 2002), et, plus récemment, par l'organisation d'une soirée du rire contre la racisme (13) et la nomination de l'ex-président de l'UEJF (Patrick Klugman) au bureau national de l'organisation. Quant à Malek Boutih, désormais secrétaire national du PS pour les questions de société et membre du comité d'honneur du cerle Léon Blum (14), il s'investit pleinement dans la campagne du candidat Harlem Désir, fondateur de SOS-Racisme et tête de liste du parti pour les Européennes en Ile de France.

Citons pour mémoire, et comme un troisième groupe, les associations confessionelles, bien qu'œcuméniques, qui proposent aux croyants (essentiellement chrétiens) de vivre ce combat comme le prolongement de leur engagement religieux. La CIMADE (15), association à dominante protestante créée en 1939, développe une action assez élargie. L'ACAT (16), plutôt catholique, restreint pour ce qui la concerne ses missions à l'abolition de la peine de mort et de la torture. Les mouvements de ce type prennent une part active et significative au mouvement « alter », notamment dans les autres pays européens.

_____________________________________________________________
(1) Jean de la Fontaine, « Le Loup de l'Agneau », Fables, Paris 1755.
(2) Amnesty International : voir le site de la section française : www.amnesty.asso.fr
(3) Ligue des Droits de l'Homme : voir le site de LDH – France : www.ldh-france.org
(4) Ligue Internationale contre le Racisme et l'Antismétitisme : www.licra.org
(5) Cf. "Au nom du combat contre l’antisémitisme", Dominique Vidal, Monde Diplomatique, décembre 2002 et "Les pompiers pyromanes de l’antisémitisme", Dominique Vidal, Monde Diplomatique, mai 2004
(6) Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples : www.mrap.asso.fr
(7) Cf. le compte rendu détaillé de son action dans le rapport 2003 de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH) (pages 126 à 153), disponible sur le site de l'Observatoire.
(8) Cf. le réquisitoire sous la plume d'Anne Lifshitz-Krams publié le 4 mars 2004 sur le site du Conseil représentatif des Institutions Juives de France : www.crif.org.
Lire le droit de réponse d'Anne Lifshitz-Krams
(9) Cf. « Les agressions antisémites se multiplient en France », Le Monde, 15 octobre 2000
(10) Cf. « Aounit écarté en Ile-de-France après des pressions », Observatoire du communautarisme, avril 2004
(11) SOS -Racisme : www.sos-racisme.org
(12) Fédération SOS-Racisme indépendant : www.sosracismeindependant.org
(13) « Rire contre le racisme », Zenith de Paris, 15 mars 2004
(14) Cercle Léon Blum : www.cercle-leon-blum.org. Voir « Un étonnant Cercle Léon Blum », Observatoire du communautarisme, septembre 2003
(15) CIMADE, service œcuménique d'entraide : www.cimade.org
(16) ACAT, Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture et des exécutions capitales : www.acat.asso.fr

Lire la suite : Voyage au pays de l'antiracisme (2/2)

2004-05-05

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