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Mouloud Aounit et ses préférences communautaires
Par Daniel Bernstein, psychologue
Ce texte est un point de vue extérieur à l'Observatoire du communautarisme. Il est publié dans la rubrique "Contradictions" qui est ouverte aux tribunes libres et aux critiques du travail et de la production de l'Observatoire.
Mouloud Aounit (droits réservés)
NB : Cette tribune est une réponse à l'article "Aounit écarté en Ile-de-France après des pressions", Observatoire du communautarisme, avril 2004
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Ce n’est guère facile de lutter contre les discriminations et le racisme en faisant l’impasse sur sa propre sensibilité, sur sa propre histoire et sur ses origines. Chaque individu qui voudra s’engager dans une démarche de ce type, ne pourra échapper à l’analyse de sa propre subjectivité, celle-là même qui dans la société l’amène à de petites révoltes ou à de grandes lâchetés qui sont son jardin secret, ses contradictions internes dont on peut dire qu’étant identifiées, elles deviennent structurantes. Et permettent d’évoluer. Et après tout on n’a de comptes à rendre qu’à soi-même.
Il en va tout autrement lorsque l’action est publique, s’inscrit dans le champ politique, et se veut représentative de valeurs universelles, comme l’antiracisme. Alors, au quotidien, il faut bien avoir en tête quelques questions idiotes mais qui constituent la seule grille d’analyse à vocation pluraliste :

-En quoi un fait incriminé est-il discriminatoire ?

-Aurais-je la même réaction si un acte que je trouve raciste avait touché une autre personne relevant d’une autre catégorie ethnique ou sociale ?

-Face à un refus de service que la victime analyse comme discriminatoire (entrée en boîte de nuit, location d’appartement……), l’attitude du prestataire est-elle bien différente lorsqu’une personne présentant les mêmes caractéristiques mais relevant d’une autre origine est demandeur de la même prestation. D’où l’intérêt des testings républicains que réalise Sos-Racisme.

-La dénonciation que je m’apprête à formuler est-elle valable pour tout individu (ou groupe d’individus) ou bien ne suis-je en train de reprocher à certains ce que j’admets pour d’autres ?


Ce type de questionnement est un peu la cheking-list du militant antiraciste, et, au total, c’est en étant sûr de n’a pas ce tromper de cible ni de combat que l’on peut prétendre lutter contre le racisme, quelles qu’en soient les victimes et quels qu’en soient les auteurs. Mais ça ne suffit pas ! il faut aussi avoir en tête quelques enseignements découlant des expériences passées. Par exemple :

-Il est extrêmement rare qu’un fait raciste soit revendiqué comme tel par son auteur. On l’aura mal compris, on déforme ses propos, on a l’esprit mal tourné, il est insoupçonnable du fait de ses origines, de son passé, de sa supposée droiture, etc.….

-Croire que le racisme peut se découper en rondelles de saucisson, est pure naïveté. Sur le plan individuel nombreux sont ceux qui sont plus ou moins sensibles aux agressions visant telle ou telle catégories ou communautés. Le problème c’est que tous les racismes se valent et expriment la même difficulté de la société à tolérer la différence. C’est pourquoi au niveau d’une organisation antiraciste il faut s’appliquer la règle de la plus pure objectivité ou bien disparaître.

-Le fait raciste, selon son auteur, est toujours la faute de la victime. L’agresseur exprimera en général que c’est l’attitude, les paroles, la façon d’être ou de vivre différemment par rapport à la majorité qui est cause du racisme.

-Enfin, c’est toujours par réaction de défense que se produit un fait raciste : il y a 2 sens au mot « défense », l’un concerne le discours explicite où l’agresseur explique qu’il défend sa culture, sa race, sa civilisation mise en danger par ce que représente sa victime ; l’autre sens est à comprendre comme le conçoit la psychanalyse, c’est une construction utilisée pour prémunir l’individu contre ce qui pourrait affecter la construction de son équilibre. Si l’on se réfère à la flambée antisémite actuelle rappelons-nous nos grands auteurs et notamment un adage génialement résumé par Sartre : « l’antisémitisme c’est l’affaire des antisémites ». Cela signifie que c’est le mode d’acceptation de l’autre dans sa singularité qui pose problème dans une société et pour les individus qui la constituent. Je ne serais pas moins raciste si le noir était moins noir, ou l’arabe moins arabe, ou le juif moins juif. Ce qui me pose problème c’est qu’ils soient différents et cela m’inspire crainte et rejet. Faisons la part des choses : il s’agit d’une constante intrinsèque à la nature humaine, et les gens qui se sont engagés dans le combat antiraciste sont habitués à repérer chez eux les sentiments de rejet qui proviennent de cette difficulté à vivre les différences. C’est pourquoi dans certaines sociétés dont la notre aujourd’hui, la loi pénalise les actes et propos racistes, et donc impose à chacun une acceptation de l’autre qui va à l’encontre du mouvement premier qui est de l’ordre du rejet. Il s’agit d’une règle qui ne demande qu’à être transgressée, et lorsqu’elle l’est elle provoque inévitablement un mouvement d’adhésion car le discours ou le comportement raciste trouvent toujours un écho en chacun de ceux qui y sont confrontés.

Bon, OK, mais à quoi ça sert tout ça ?

D’abord à constater une évidence qui se trouve illustrée par le rapport de la CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme) accessible en ligne sur la page d’accueil de ce site. La fulgurante montée de l’antisémitisme depuis trois ans, même s’il y a du progrès en 2003. Et cette percée n’a pas trouvé en écho de la part du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples) les réponses correspondantes. Depuis plus de trois ans que cette flambée de haine est identifiable, le MRAP l’a sciemment niée, puis ignorée, puis minimisée. Et même, en siégeant aux côtés de Tarik Ramadan, Aounit a cautionné la discrimination établie sur des bases d’appartenance religieuse. Comment peut-on tolérer en France que l’on fasse des listes de Juifs ? En janvier 2004, Le Nouvel Observateur nous apprenait que cette dernière bévue avait provoqué de sérieuses contestations au congrès du MRAP en décembre 2003.
Terrible erreur en effet que d’accepter les listes de Ramadan. Ce n’est que l’aboutissement d’une série de réaction qui donnent l’impression avec le recul que l’action du MRAP est ethnocentrée, c'est-à-dire que les auteurs de sévices ou d’actes racistes seront ignorés ou exonérés de responsabilité par le MRAP s’ils appartiennent aux origines issues du monde arabe. Ils ne l’étaient pas (éxonérés), lorsque les coups étaient identifiés comme provenant de l’extrême droite. Je ne pense pas que le fait que Aounit partage la même origine que bon nombre de personnes identifiées comme étant les auteurs des agressions antisémites doive être mis en rapport. Cependant si l’on voulait semer le doute à ce sujet, ou détruire la vocation universaliste du mouvement, découlant de ses statuts, on ne s’y prendrait pas autrement. Il demeure que le racisme, comme nous l’avons dit plus haut, se combat « quels qu’en soient les auteurs, et quelles qu’en soient les victimes ». Sinon, on fait autre chose (conseiller Régional, mais pas vice-président).


Or les actions menées par le MRAP depuis 3 ans en matière de lutte contre le racisme antisémite vont systématiquement dans le sens d‘une mise sous le boisseau :

-On invoquera la situation internationale par exemple. Beau précédent qui signifierait s’il devait être généralisé qu’il aurait été dans l’ordre normal des choses d’aller castagner son épicier arabe après l’attentat de Madrid dont les auteurs sont de nationalité marocaine.

-On fera une symétrie avec des faits de racisme anti-arabe pour induire un sentiment de « match nul » : Raisonnement doublement démissionnaire et qui ne tient pas à l’épreuve des faits (voir rapport de la CNDH) en ligne sur ce site par exemple.

-On minimisera l’importance du phénomène antisémite en France en donnant une importance disproportionnée à des groupes marginaux juifs dont on exploitera alors la violence réelle ou supposée en actes ou en propos. Pour être légitime, cette dénonciation devrait être universelle à l’encontre de tous les groupes de même nature quelles que soient leurs origines. Et non, cela n’est pas le cas, même si c’est dans une manifestation à laquelle participe le MRAP que l’on entend crier « Mort aux Juifs ! ». Réponse d'Aounit questionné par la presse à ce propos : « c’est pas dans nos rangs que l’on a crié ça ! » Encore heureux, mais où sont les poursuites contre ces crieurs là ?

-Dans la mesure où les propagandistes de la haine, les Mohamed Latrèche par exemple semblent bénéficier, du fait de leurs origines ethniques ou religieuses d’une discrimination qui leur épargne d’être poursuivis par ceux qui ont vocation à le faire, on comprendra facilement les deux effets immédiats qui en découlent : d’abord le bouchon (c’est-à-dire la provocation, les injures les appels au meurtres visant en premier lieu les Juifs) sera poussé de plus en plus loin. Secundo, la pénurie de règles morales va produire des effets dévastateurs liés à l’indifférenciation entre ce qui est normal et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est une opinion et ce qui est un délit.

-Absent du combat contre le racisme antisémite qui est aujourd’hui le plus fréquent des racismes, le MRAP peine à percevoir les dangers de demain, pourtant l’évidence crève les yeux. S’il a donné un brevet de respectabilité à Ramadan alors que celui-ci, tel le Le Pen d’il y a dix ans, dressait des listes de Juifs (l’un est poursuivi, pas l’autre ! si ça c’est pas de la discrimination ?), il peut également fermer les yeux sur les montages idéologiques visant à dresser les unes contre les autres les diverses composantes de notre société.

-Quelqu’un de peu recommandable disait : « plus c’est gros, plus ça marche ». Même quand c’est très gros le MRAP ne voit pas, comme si le fait d’être partie prenante dans le combat contre le racisme antisémite en France pouvait porter atteinte aux minorités d’origines arabes elles-mêmes soumises au racisme dans notre pays. La ficelle est si grosse dans l’affaire Dieudonné, et le silence du MRAP si assourdissant, que le mode de raisonnement est d’une rare lisibilité : Dieudonné attaque les Juifs, les Juifs sont aussi la cible d’agresseurs que nous entendons protéger car ils sont emblématiques de la population sur laquelle nous comptons nous appuyer, donc Dieudonné n’est ni attaquable, ni antisémite. Bonjour l’amitié entre les peuples. Et pourtant le Dieudonné s’il est pas antisémite, en bon professionnel de la scène, il fait bien semblant. 1°) réussissant une entourloupe vis-à-vis du présentateur et de la chaine de tv qui l’invitait, il place un message destiné à provoquer les réactions de la minorité agressée; tiens !!!! comme Ramadan quelques semaines plus tôt : il apprend vite le petit. 2°) Il joue l’ingénu (comme si ses précédentes dérives avaient été oubliées, car ce n’était pas son coup d’essai sur le sujet), en disant : Quelle horreur on peut plus rigoler ! (il pas du écouter Desproges). Du coup c’est lui la victime et il introduit là les concepts les plus archaïques et les plus classiques de l’antisémitisme traditionnel ; les Juifs me persécutent, c’est un lobby, ils veulent dominer, ils sont arrogants, ils ont le pouvoir de l’argent. Jusque là ça fait vomir les antiracistes (sauf le MRAP pour les raisons qu’on a vu plus haut), mais c’est classique. L’antisémitisme a malheureusement un côté fédérateur qui a fait la carrière de bien des hommes politiques depuis plus d’un siècle (darquier de pellepoix, Le pen ……). Là où le bât blesse vraiment, c’est quand l’individu cherche à jouer du communautarisme en fédérant autour de lui la communauté noire, dont, invente-t-il, l’essentiel des malheurs provient de la traite négrière qui bien sûr est la faute des Juifs.
Il n’y a aucune ambiguïté dans le message de Dieudonné, qui a compris comment ça marche et comment il peut tirer profit d’une tension intracommunautaire qu’il aurait inventée puis exacerbée.

Mais où il est le MRAP ? Ce mouvement, qui était le mien, a-t-il toujours tous ses yeux et toutes ses oreilles ? Toute son âme ?

Alors chers amis, que l’opportunisme de Dieudonné ne choque pas, et que l'ethnocentrisme d'Aounit laisse de marbre, je ne peux que renoncer à ébranler vos certitudes. Si j’en ai fait bouger une seule, je n’aurais pas perdu mon temps. Mais, après avoir un peu mieux regardé ce site sur lequel je suis tombé par hasard je retrouve de nombreux travers que justement je me suis mis en devoir de dénoncer. Comme si « anticommunautarismes », ça ne pouvait décidemment pas s’écrire au pluriel. Mais je suis sans doute pessimiste.


2004-04-30

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