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De quelques modernes croisades en faveur des « libertés religieuses ».
Antienne des fondamentalistes chrétiens d'outre-atlantique et constante de la politique internationale des Etats-Unis en faveur des « nouveaux mouvements religieux » pour certains authentiquement sectaires qui fleurissent sur son territoire, l'UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) reprend à son compte cette étrange innovation sémantique avec l'objectif de légitimer sa vision spécifique du monde. Mais les organisations qui se revendiquent de l'Islam sont loin d'être les seules à manifester des réticences vis à vis de la laïcité « à la française ».
Affiche du XXIème congrès de l'UOIF (droits réservés)
Les organisateurs en ont fait le thème phare de la XXIème rencontre annuelle des musulmans de France. C'est donc que le sujet est d'importance !

Dans l'esprit du conférencier de l'IESH (**), organisme candidat à former les futurs imams de l'« Islam de France », la liberté religieuse n'est rien de moins que la « première des libertés individuelles et collectives », et « concerne les différents domaines de la vie, religieux, civique, économique et social ». Elle comprend notamment la liberté de conscience, de culte, ainsi que celle de manifester dans l'espace public, tant individuellement que collectivement mais surtout sans contraintes, son appartenance religieuse.

Prenant comme point de départ le texte coranique (notamment le verset 256 de la sourate « La vache »), l'érudit Ahmed Jaballah, membre éminent d'un « Conseil Européen pour la recherche et la Fatwa », entreprend, par un étrange retournement de sens familier aux exégètes de tout poil, de nous démontrer que l'Islam qu'il professe se révèle totalement compatible avec le contexte européen dans lequel il évolue.

Mais s'il reconnaît (volontiers ?) que la « liberté religieuse » qu'il revendique doit s'accomoder de quelques restrictions d'intérêt général, c'est aussitôt pour indiquer que ces contraintes doivent être les plus minimes possibles. En particulier, la « laïcité à la française » qui a produit cette loi « injuste » interdisant « le voile à l'école » ne passe décidément pas chez les héritiers spirituels présomptifs d'Hassan El Bana.

Il n'est d'ailleurs pas indifférent que le jurisconsulte choissise, pour les besoins de sa démonstration, de se réréfer à la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamentales et à la Déclaration Universelle des Droits de l'homme de l'ONU, plutôt qu'à ses équivalents spécifiquement français.

On comprend que ce spécialiste es « fiqh » se sente plus à l'aise avec des textes nécessairement moins précis car issus de compromis avec d'autres traditions nationales dans les rapports aux cultes, et avec une Europe qui souhaite institutionaliser le « dialogue » avec les religions jusque dans son traité constitutionnel en projet.

Dans un communiqué récent, l'organisation déplore notamment « l'exclusion des instances religieuses reconnues du champ des médiations éventuelles » concernant des litiges qui pourraient survenir en application de la loi sur l'interdiction du port de signes religieux ostensibles à l'école, et relève la contradiction par rapport aux « engagements » pris par le précédent ministre de l'éducation nationale. Le nouveau serait-il donc un avatar moderne du « petit père Combes » ?

Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen (droits réservés)
Aux sources de la laïcité
Contrairement à ce que voudrait nous faire croire l'UOIF, la laïcité n'est nullement l'ennemie d'une quelconque forme de spiritualité, fut-elle de tradition musulmane.

Mais elle ne se résume pas plus, en dépit de ce que prétendent les adeptes modernes d'une « laïcité ouverte » - pour certains des « convertis » de fraîche date, à une simple neutralité religieuse impliquant l'exercice de formes variées de « tolérance », le cas échéant d'inspiration concordataire, vis à vis des cultes.

La lecture d'une Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, pourtant proclamée « en présence et sous les auspices de l'Etre suprême » est à cet égard éclairante. Elle dispose, notamment, que nul ne saurait être soumis à d'autre loi que celle instituée par « l'expression de la volonté générale » dans le seul but de « défendre .. les actions nuisibles à la société », et que « nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité [qui n'émane expressément dela Nation ».

Il en découle, en particulier, que l'homme et le citoyen ne sauraient être contraints de suivre des prescriptions religieuses générales ou spécifiques à tel ou tel culte - qu'elles soient présentées comme l'expression d'une « parole révélée » ou le fruit d'une savante jurisprudence canonique. Et quand bien même choisiraient-ils librement de s'y conformer qu'ils ne devraient bien évidemment, ni individuellement, ni collectivement, en imposer le respect à d'autres.


Dans le même temps où «nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses », des restrictions peuvent être apportées par la loi à la liberté d'expression comme à celle de culte, qui consistent toutes deux i« à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui », notamment lorsque la « manifestation » desdites opinions est de nature à « trouble(r) ... l'ordre public ».


La séparation des champs politique et religieux - comme appartenant à deux « ordres » différents au sens pascalien du terme - est donc bien dès son origine consubstantielle à la République Française, et la loi de séparation organique des Eglises et de l'Etat n'en apparaît que comme la conséquence tardive.

La Sainte Inquisition (droits réservés)
Sus aux Mahométants !
Faut-il en conclure, à l'image de certains, que le seul Islam serait définitivement incompatible avec nos traditions ?

Que n'entend-t-on, de la part de quelques pamphélaires, sur cette religion de conquête et de cruauté, quand les autres seraient les incarnations vivantes de l'amour et de la tolérance !

On ne saurait trop conseiller, et surtout aux plus engagés au plan religieux, de fréquenter plus assidûment leurs textes « sacrés ». Ils y découvriraient, entre autres, que Coran et Sunna ne détiennent ni le monopole ni la primauté de la condamnation (à mort) de l'apostasie, pas plus que de la lapidation, de la loi du Talion, du jeûne rituel ou des interdits alimentaires.

Quant à ceux qui voudraient nous faire accroîre que nos « droits de l'homme » ne sont que la traduction moderne d'un « humanisme chrétien » dont ils revendiquent l'héritage et l'inscription dans les « tables de la (future) loi (européenne) », ils tireraient profit à relire leurs livres d'histoire, dans lesquels ils apprendraient , sans même remonter jusqu'à la Sainte Inquisition, que des penseurs aussi chrétiens que Rabelais, Erasme et même Pascal furent longtemps mis à l'index, comment l'on étripait encore pour blasphème il y a deux siècles dans notre beau pays de France, qu'un évêque de Rome fustigea au début du sciècle dernier ces mêmes droits de l'homme qu'ils font aujourd'hui leurs au nom des « droits de Dieu », ou plus récemment encore qu'un autre originaire de l'Est incita les femmes enceintes contaminées par l'explosion d'une certaine usine chimique à ne point avorter et à considérer leur « maternité comme une forme de martyre » (sic!) pour complaire au Très-Haut.

C'est que les clergés ou ce qui en tenait lieu ont toujours tenté d'imposer leurs convictions comme normes de comportement applicables à l'espace public, ont presque toujours combattu les progrès de la pensée et du droit – sauf, bien sûr, lorsqu'ils servaient leurs intérêts , avant de s'y résoudre, contraints à la capitulation par une force supérieure en nombre.

«Quand les événements nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs», telle pourrait être leur devise. Mais tout armistice n'est que provisoire, et le retour annoncé du religieux est pour certains une vraie tentation de renouer avec des pratiques passées.

Logo de l'US Commission on International religious Freedom (droits réservés)
A l'Ouest rien de nouveau.
Aujourd'hui, les professionnels de la foi se sont parfaitement accaparés la rhétorique de la liberté. Mais c'est pour la subvertir, et s'ils préfèrent rester discrets sur un passé parfois encombrant, ils s'accordent aujourd'hui à entonner en choeur l'hymne aux libertés religieuses.

Ce mot d'ordre est la traduction exacte du terme américain « religious freedom », en l'honneur de laquelle le Département d'Etat des Etats-Unis d'Amérique fustige périodiquement dans un rapport incendiaire les persécutions honteuses auxquelles se livrent ces diables de Français – mais aussi les Belges et les Allemands - envers les très respectables « nouveaux mouvements religieux » que constituent, pèle-mêle, Témoins de Jéhovah , adeptes de l'Eglise de Scientologie et autres admirateurs du Veau d'Or.

Né dans un nouveau monde issu de multiples migrations – dont certaines motivées par d'authentiques persécutions religieuses – ce nouveau concept (nouveau dans un contexte européen, et plus particulièrement français) s'y appuie autant sur l'existence d'une majorité de croyants (« believers ») qui permet de célébrer au quotidien et sans véritable opposition une authentique « religion civile » (cf. le « One nation, United, Under God » du « Pledge of Allegeance »), que sur une extrême dispersion des manières de rendre grâce à l'Eternel sur un mode qui, souvent, n'échappe pas à un certain consumérisme.

Cette nouvelle alliance objective du sabre et du goupillon s'est d'ailleurs illustrée dans une lutte acharnée contre un « empire du Mal » incarné par les tenants de cette curieuse et sanglante religion séculière personnifiée, dans l'esprit de beaucoup, par les avatars étatiques de la doctrine marxiste-léniniste dans ses différentes saveurs. Et ce n'est que fort récemment que les « barbus en vert » ont quitté, dans le discours de l'exécutif américain, le camp des valeureux combattants de la liberté pour celui, plus exposé, de « l'Axe du Mal ».

Il est vrai que ce modèle de relation aux cultes est sans doute celui qui offre aux religieux la plus grande liberté d'action, y compris au détriment de leurs propres adeptes. Même si certaines confessions y restent tout de même plus égales que d'autres.

Serait-ce là la référence de l'UOIF ? Peut-être.


__________________________________________________________
(*) UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) : http://www.uoif-online.com/
(**) IESH (Institut Européen des Sciences Humaines) : http://www.iesh.net/
Pour une monographie de l'UOIF, voir : L'UOIF, ou l'islamisme tentaculaire, Observatoire du communautarisme, août 2003

2004-04-30

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