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L'hystérie identitaire
Par Eric Dupin, Le Cherche Midi, 2004
Entretien avec Eric Dupin, auteur de l'essai L'hystérie identitaire.
L'Hystérie identitaire, Eric Dupin, Le Cherche Midi, (droits réservés)
Entretien réalisé par courrier électronique

1)OC : Pourquoi l'"identité" devient-elle un point central du discours médiatique et politique ? Quelles réalités recouvre-t-elle ? Quels fantasmes ?

Eric Dupin : Il est de plus en plus difficile de lire un article de journal sans y trouver le terme « identité » ou « identitaire ». Mais, en l’occurrence, les médias ainsi que les hommes politiques ne font que répercuter une obsession contemporaine. Au fur et à mesure que la modernité efface les identités traditionnelles, que l’on pourrait résumer par la trilogie travail-famille-patrie si elle n’avait pas la résonance historique que l’on sait, sans vraiment les remplacer par des identités nouvelles, l’angoisse identitaire se répand. Ni les individus ni les groupes ne savent plus exactement qui ils sont. L’omniprésence d’un marché niveleur des modes de vie et la mondialisation, tant économique que culturelle, avivent cette incertitude. D’où une quête identitaire qui tourne parfois à l’hystérie.

2)En quoi le développement du communautarisme peut-il être pensé comme partie de cette "hystérie identitaire" ?

ED : Ce que j’ai appelé l’hystérie identitaire, c’est-à-dire l’affirmation exacerbée de son identité, n’est pas un phénomène propre aux « communautés ». On peut aussi le retrouver à des niveaux très différents, qu’il s’agisse de certaines fièvres nationalistes ou encore de crispations corporatistes. Mais le communautarisme en offre évidemment une illustration saisissante. En France, par exemple, le déchirement identitaire d’une partie des populations d’origine immigrée – ne se sentant ni complètement françaises ni vraiment étrangères – produit un sérieux mal être.

3)On constate aujourd'hui la revendication d'un droit sans limites pour ces identités en construction. Jusqu'où respecter ces identités ? Quelles frontières tracer entre respect et déférence ?

ED : Combattre l’hystérie identitaire ne signifie nullement nier le besoin d’identité. L’inscription de l’individu dans la collectivité passe par bien des médiations. Les communautés en font partie et elles doivent évidemment être respectées. Le problème ne surgit qu’à partir du moment où elles deviennent à la fois introverties et agressives. Dés lors, elles ne constituent pas seulement une menace pour ce qu’il est convenu d’appeler la cohésion sociale. Elles pèsent aussi sur leurs propres membres sommés de ne se définir que par cette appartenance communautaire. Aucun écran ne devrait empêcher de considérer chacun dans sa liberté et sa dignité d’être humain.

4)Le modèle individualiste moderne peut-il s'accommoder du développement des identités ? Quelle harmonie imaginer ?

ED : Au fond de cette affaire, on trouve sans doute un dérèglement du rapport entre l’individu et la société, la mère des questions de sociologie ! Dans nos civilisations, l’individualisme a été poussé à l’extrême pour le meilleur et pour le pire. Il est vrai que le capitalisme consumériste y trouve largement son compte. Or l’individu seul face à lui-même, lié aux autres seulement par l’argent et le marché, se trouve sérieusement en manque. La quête identitaire, plus ou moins artificielle, vise précisément à combler cette solitude. Pour retrouver une certaine harmonie, il vaudrait mieux que l’individu se réinvestisse plus dans la société – comme citoyen par exemple – ce qui lui permettrait de relativiser ses appartenances identitaires.


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Eric Dupin est journaliste et écrivain. Spécialiste de la gauche française à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages, ancien chroniqueur à Libération et à France-Culture, il a collaboré à de nombreux titres de la presse française. Il enseigne l’analyse des médias à l’Institut d’études politiques de Paris.

Présentation de l'essai sur le site d'Eric Dupin

Acheter en ligne L'hystérie identitaire

2004-02-20

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