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Le triomphe de la confusion
Tribune d'André Bellon parue dans Marianne, 15 décembre 2003,
La "discrimination positive" n'est qu'un artifice pour faire oublier la discrimination, un alibi pour masquer les échecs d'une politique.
Le peuple inattendu, éditions Syllepse (droits réservés)
Reproduit avec l'autorisation de l'auteur

Si la philosophie d’autrefois imposait d’exprimer clairement ce qu’on concevait bien, force est de constater que le responsable moderne a le chic pour rendre confus les problèmes à traiter.
L’abus des oxymorons* aujourd’hui est symptomatique d’un discours public qui tente de rassembler en imposant des choix non clarifiés : ainsi en est-il de la proposition d’une « fédération d'Etats-nations » ; ainsi en est-il aussi de la « discrimination positive ».

Une discrimination n’est pas positive ou négative : elle discrimine, c’est tout. La formule est d’ailleurs une mauvaise traduction de l’affirmative action qui, aux Etats-Unis, avait pour but de favoriser la promotion sociale de personnes défavorisées et aida à l’apparition de couches moyennes d’origine noire ; son évolution, sous la présidence de Nixon, vers une forme de quota en direction des groupes ethniques se heurta d’ailleurs à une résistance des communautés elles-mêmes.
La discrimination positive n’est qu’un artifice pour faire oublier la discrimination, c'est-à-dire, d’après le dictionnaire, « le fait de séparer un groupe social d’un autre ». De deux choses l’une ; ou bien il s’agit tout simplement de donner à certaines personnes les moyens de se situer à égalité avec les autres et il n’y a rien là de très original : l’affectation de bourses aux élèves démunis, les services publics développés dans les zones populaires, sont des politiques très anciennes de promotion du principe d’égalité ; ou bien, il s’agit de valoriser une fraction de la population en tant que telle et la collectivité nationale s’émiette en catégories relevant de traitements différents : par exemple, la substitution du principe de parité au principe d'égalité signifie l'égalité de deux « groupes » et non plus l'égalité des individus ; ces deux catégories (hommes/femmes) auraient donc par nature des intérêts différents qui nécessitent qu'on les représente « en tant que ».

Les ZEP procédaient sans doute de l’idée de mise à niveau éducatif de catégories en difficulté sociale ; mais, outre la difficulté pratique des critères et de leur application (l’abondance de ZEP dans la Nièvre dans les années 80-90 l’illustre), elles sont devenues une catégorie en elles-mêmes qui aboutit non pas à renforcer l’égalité des citoyens, mais à en différencier les membres ; ainsi, le directeur de Sciences-Po a-t-il décidé de donner avantage à ceux qui en étaient issus, les excluant ainsi de la règle commune.

Nicolas Sarkozy parlant de nommer un « préfet musulman » procède de la même logique ; un préfet, au regard des institutions, n’est pas autre chose qu’un préfet.

Ces évolutions ne sont, en fait, que le reflet des incapacités de notre société, de l’absence de vraie politique sociale, de véritable intégration ; la discrimination dite positive n’est pas un progrès, mais l’alibi cherchant à masquer les échecs, en particulier celui d’une politique syncrétique.
Bien sûr, nul ne prétendra être antirépublicain ou antilaïque ; les tenants de la discrimination s’affirmeront républicains déconcentrés ou laïques pluriels, accusant leurs opposants d’être des intégristes archaïques : se définir comme modéré en présentant les opposants comme extrémistes est une vieille ficelle politique.
Il n’empêche que l’idéologie de « discrimination positive » théorise une société fondée sur la différence entre les groupes ; elle remet en cause la définition même de la République.
La République, en effet, ne reconnaît pas de groupes sociaux ; bien sur, ce principe n’a pas empêché la discrimination dans la pratique : le refus absurde du droit de vote aux femmes, la marginalisation des couches prolétaires l’attestaient. Mais les luttes ont historiquement poussé à l’approfondissement des principes : les luttes des femmes ont conduit à la reconnaissance de leur identité de citoyennes ; les combats sociaux ont conduit à l’approfondissement de politiques publiques en matière d’éducation ou de santé.

Le débat n’est pas neuf ; sous d’autres formes, Jean Jaurès l’avait déjà mené en souhaitant réconcilier République et Socialisme ; pour lui, la contradiction devait être résolue par l’histoire et les luttes, le socialisme étant, suivant sa formule, la République poussée à son terme. Nos modernes progressistes ne seraient-ils que de banals réactionnaires ?

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* Figure de style qui réunit deux mots d’apparence contradictoire.

André Bellon est ancien président (PCF) de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.
Auteur avec Anne-Cécile Robert de Le peuple inattendu, éditions Syllepse, Paris 2003 : voir la fiche de lecture

2004-01-09

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