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À propos de la rhétorique communautariste
Il y a des discours communautaristes mais il y a aussi un discours communautariste, ou plutôt une rhétorique communautariste. Au travers d'exemples puisés dans des communautés diverses, les arguments communs apparaissent, les stratégies dialectiques se révèlent. Illustration.

(droits réservés)
La dénégation

Les communautaristes ont généralement, en France, pour premier réflexe la dénégation. « Non, nous ne sommes pas communautaristes et ceux qui nous proclament comme tels le font par racisme, anticléricalisme, antisémitisme, homophobie, jacobinisme (cochez la case de votre choix). » Ils ne prennent généralement pas le temps de donner des gages de « non-communautarisme » mais s’empressent en revanche d’affirmer, ce qui ne coûte guère, leur attachement « comme tout citoyen » à l’intégration dans la République française, et de détailler les raisons réelles ou supposées pour lesquelles certains les accusent de communautarisme. Les pires insultes ne sont généralement pas bien loin, le spectre de la bête immonde apparaît, les bruits de bottes se font entendre et la discussion est ainsi close par un exercice très bien rôdé de culpabilisation.

C’est notamment la tactique employée par les organisations confessionnelles, tant les débats sur la place des communautés religieuses en France peuvent être marqués par de malsaines dérives, xénophobes ou antisémites, qui accréditent la thèse de la manipulation contre des organisations confessionnelles accusées de communautarisme pour couvrir des relents plus nauséabonds. Exemple : « Voici le dernier truc en vogue chez les homophobes honteux : faire semblant de bien aimer les homosexuel(le)s, tout en attaquant insidieusement leur mode de vie. N'avez-vous jamais entendu “Je vous comprend. Mais le ghetto, quand, même, n'est-ce pas un peu dommage ?”. Et d'enchaîner “ah, oui, c'est très bien, le Centre gai et lesbien. Mais n'avez-vous pas un peu peur du communautarisme à l'américaine ?”. Et vlan, vous voici remis en cause, comme un(e) sauvage incapable de vivre décemment en société. Au placard ! » (1)

Reste que la démonstration s’avère généralement trop courte pour être convaincante, lorsque notamment des manifestations communautaristes sont explicitement opposées par l’adversaire et lorsque ce dernier se trouve manifestement inattaquable sur le terrain de la morale républicaine et de la tolérance.

Retourner la question

En pareil cas, les communautaristes retournent le problème et tentent la démonstration par l’absurde : « Mais que dirait-on si à un couple hétéro on sortait “C'est bien, cette crèche coopérative dont vous parlez, mais vous ne craignez pas le communautarisme ?”. Nul doute que cette remise en cause sans tact de leur mode de vie, vous rendrait bien antipathique, au moins. » (1) Du genre : pourquoi des comportements communautaires ou des initiatives collectives sont-ils perçus comme communautaristes lorsqu’ils émanent d’une population donnée (et donc stigmatisée) alors qu’ils ne suscitent pas le moindre commentaire lorsqu’ils sont l’émanation de gens « ordinaires » ?

Le propos insiste alors fréquemment sur tout ce que les membres de la communauté ont de « normal » : « Qu'est-ce qui différencie un homo ou une lesbienne d'un autre citoyen français ? Il ou elle paie ses impôts, travaille au sein de la société, prend ses vacances en même temps que les autres, et vote bien sûr aussi. En gros, contribue de son mieux à la collectivité. On pourrait penser que dans notre belle république égalitaire, cela suffit pour bénéficier des mêmes droits que les autres citoyens. Manque de chance, dès qu'on soupçonne un tant soit peu l'appartenance à la population homosexuelle, patatras, le vilain visage de la discrimination se découvre. »

On évoque également l’ouverture et la tolérance dont les mouvements communautaires seraient des exemples : « Le Centre [Centre gai et lesbien, NDLR] accueille toutes et tous, homo ou non. Notre belle société universaliste peut-elle sérieusement en dire autant ? » (1) « Toutes et tous », pourvu qu’ils défendent les objectifs de la « communauté ». Quant à la « belle société universaliste », celle que les républicains recherchent, elle entend bien, précisément, accueillir chacun sans distinction d’aucune sorte, c’est-à-dire sans même préciser « homo ou non » ! Les communautaristes tentent ici de montrer que la logique de regroupement, de coopération, de distinction, de reconnaissance ou d’exclusion qui anime leurs actions n’est pas propre à leur tribu mais qu’elle est universellement répandue et acceptée lorsqu’elle concerne des gens qui ont, finalement, la « chance » de ne pas être montrés du doigt en raison d’une différence remarquable. Sauf que, précisément, c’est la mise en avant de ces différences remarquables qui est reprochée aux comportements authentiquement communautaristes. Ce n’est pas la recherche de droits égaux mais la recherche de droits spéciaux (dérogations vestimentaires à l’école et dans les piscines par exemple) qui est blâmée par les républicains.

La victimisation

Arme principale des communautaristes, la victimisation — tactique fort bien décrite par Pascal Bruckner dans La Tentation de l’innocence — consiste, au stade suivant de la dialectique, à considérer les replis communautaristes comme des réflexes de défense de la part de groupes persécutés depuis la nuit des temps. L’argument a naturellement du poids, car il s’appuie bien souvent sur des vérités historiques : les Juifs ont longtemps été des citoyens de seconde zone, après avoir été des parias et quand ils n’ont pas été persécutés ; l’homosexualité a bien été — et demeure encore dans certains milieux — une honte ; les populations immigrées ont toujours connu, quelles qu’elles soient, des difficultés d’intégration.

« Pourquoi le droit d'association dont sont si fiers nos hommes politiques nous serait-il refusé ? Arrêtez d'insulter ceux-là même que vous avez parqués ou exclus, et nous parlerons. », affirme Michel Bujardet (1). Placé sur le terrain émotionnel, le débat ne risque pas de devenir constructif d’autant que la moindre objection est aussitôt, en vertu des principes de dénégation et de victimisation évoqués plus haut, assimilée à une insulte…

Plus raffinée, la victimisation peut être mise en avant de manière différentielle, autrement dit, pour une communauté par rapport à d’autres. Dans la recherche des profits politiques et sociaux, le seul argument valable pour un groupe identifié est en effet celui de la réparation d’une injustice, et il est d’autant plus recevable si d’autres ont eu gain de cause tandis que l’on reste les derniers laissés-pour-compte. C’est la logique de la communauté la plus mal traitée : « […] Pourquoi cela serait-il moins honorable que pour les juifs, dont la communauté a elle aussi connue les violences administratives, ou plus simplement les communautés linguistiques ? » (1) Cette logique, terriblement efficace, démontre chaque jour les ravages qu’elle peut entraîner : rivalités entre Hispaniques, Noirs et Asiatiques aux États-Unis, comptes macabres entre « génocidés », revendications de telle région au prétexte que tel avantage a été accordé à telle autre, querelles d’apothicaires sans fin dans lesquelles l’Exécutif, s’il n’y prend garde, se perdra en arbitrages au lieu de « déterminer et conduire la politique de la nation ».

Le rapport de forces

Le raisonnement en termes de rapport de forces, ou la logique de défense, résulte directement de la pratique de victimisation. C’est ainsi que Michel Bujardet justifie la formation d’un ghetto homosexuel à Paris : « Dans les années 70, miracle, après les années où nous étions fléau social interdit d'existence, on découvre qu'on tolère les homos rue Saint-Anne. Mais voilà, déjà, les bars gais dérangent. La police et la presse bien-pensante s'acharnent, les propriétaires immobiliers s'émeuvent, les établissements ferment. Il faut aller ailleurs. Voilà comment, dans les années 80, les bars gais et lesbiens ont dû aller dans le Marais, l'un des rares endroits où l'on pouvait exercer sans trop de tracasseries policières. Qui a fait le ghetto, les homos ? Non. C'est tout simplement le seul endroit où l'on nous tolérait. Allez-donc vous tenir par la main entre garçons ou filles ailleurs qu'au Marais... » (1)

Mais si le Marais n’est rien d’autre que le seul havre de paix parisien pour les homosexuels, pourquoi ces derniers font-ils tout pour s’y distinguer plutôt que pour s’y fondre ? Pourquoi entretenir l’auto-stigmatisation plutôt que l’intégration ? L’existence de lieux de rencontre adaptés n’implique pas de brandir des étendards arc-en-ciel et la qualité d’homosexuel n’implique pas de revêtir une tenue tribale. C’est que les comportements communautaristes sont, en dernier lieu, présentés comme des réactions de défense. « Nous ne sommes pas aussi égaux que les autres, et en plus on doit le comprendre ? Qui opprime les individus, au point de les contraindre à se regrouper pour se défendre ? Qui nous force à tenter de faire valoir collectivement nos droits ? Depuis quand défendre une population maltraitée serait une dérive ? », poursuit Bujardet.

Sauf que ceux qui admettent et justifient l’existence de leur ghetto par une pression sociale exercée à l’extérieur de leur communauté sont aussi les premiers à réclamer le droit à l’intégration, à l’égalité, à l’indifférence. Ils sont même parfois capables de revendiquer la « ghettoïsation » sans s’admettre comme communautaristes.

Mélange étrange, bazar bizarre, la rhétorique communautariste repose en définitive sur des recettes éprouvées de la dialectique politique : diaboliser l’adversaire et se poser en victime. Mais ce qu’il faut noter, c’est que c’est là le seul et unique discours des communautaristes, un discours corporatiste et conservateur, paranoïaque et clos.

_____
(1) Citations tirées de Michel Bujardet, « Communautarisme ? », communiqué du président du Centre gai et lesbien (CGL), 28 novembre 2000. (L’orthographe n’a pas été corrigée dans les citations.)
http://www.cglparis.org


28 Nov 2000 Communiqué du CGL - Communautarisme ?

Voici le dernier truc en vogue chez les homophobes honteux : faire semblant de bien aimer les homosexuel(le)s, tout en attaquant insidieusement leur mode de vie. N'avez-vous jamais entendu «Je vous comprend. Mais le getho, quand, même, n'est-ce pas un peu dommage ?». Et d'enchaîner «ah, oui, c'est très bien, le Centre gai et lesbien.
Mais n'avez-vous pas un peu peur du communautarisme à l'américaine ?». Et vlan, vous voici remis en cause, comme un(e) sauvage incapable de vivre décemment en société. Au placard ! Mais que dirait-on si à un couple hétéro on sortait «C'est bien, cette crèche coopérative dont vous parlez, mais vous ne craignez pas le communautarisme ?». Nul doute que cette remise en cause sans tact de leur mode de vie, vous rendrait bien antipathique, au moins. C'est pourtant la voie que choisissent sans sourciller autant les faux naïfs, que les hommes politiques occupés à pécher nos voix, tout en insultant notre mode de vie. Ou plutôt, le cadre de vie que nous a imposé l'homophobie. Parlons un peu du getho, par exemple. Dans les années 70, miracle, après les années où nous étions fléau social interdit d'existence, on découvre qu'on tolère les homos rue Saint-Anne. Mais voilà, déjà, les bars gais dérangent. La police et la presse bien-pensante s'acharnent, les propriétaires immobiliers s'émeuvent, les établissements ferment. Il faut aller ailleurs.
Voilà comment, dans les années 80, les bars gais et lesbiens ont dû aller dans le Marais, l'un des rares endroits où l'on pouvait exercer sans trop de traquasseries policières. Qui a fait le getho, les homos ? Non. C'est tout simplement le seul endroit où l'on nous tolérait. Allez-donc vous tenir par la main entre garçons ou filles ailleurs qu'au Marais... Le communautarisme, à présent. Qu'est-ce qui différencie un homo ou une lesbienne d'un autre citoyen français ? Il ou elle paie ses impôts, travaille au sein de la société, prend ses vacances en même temps que les autres, et vote bien sûr aussi. En gros, contribue de son mieux à la collectivité. On pourrait penser que dans notre belle république égalitaire, cela suffit pour bénéficier des mêmes droits que les autres citoyens. Manque de chance, dès qu'on soupçonne un tant soit peu l'appartenance à la population homosexuelle, patatras, le vilain visage de la discrimination se découvre.
Non, finalement, vous ne convenez pas, malgré votre expérience professionnelle et vos diplômes. Non, vous comprenez, on ne peut pas vous augmenter, il a fallu faire passer devant Mme Truc, qui vient juste d'avoir un enfant. Non, nous n'accordons pas de congé pour la signature d'un Pacs. Non, le mariage n'est pas possible dans l'état actuel des choses, cela dérangerait trop notre électorat, vous comprenez. Non, pas question de revoir la loi sur la presse pour y inclure les homosexuels à côté des groupes ethniques ou religieux et les femmes, parmi les gens protégés de l'insulte. Ce serait maladroit en ce moment, il va falloir attendre, vous comprenez...
Nous ne sommes pas aussi égaux que les autres, et en plus on doit le comprendre ?
Qui opprime les individus, au point de les contraindre à se regrouper pour se défendre ? Qui nous force à tenter de faire valoir collectivement nos droits ? Depuis quand défendre une population maltraitée serait une dérive ? Pourquoi cela serait-il moins honorable que pour les juifs, dont la communauté a elle aussi connue les violences administratives, ou plus simplement les communautés linguistiques ? Pourquoi le droit d'association dont sont si fiers nos hommes politiques nous serait-il refusé ? Arrêtez d'insulter ceux-là même que vous avez parqués ou exclus, et nous parlerons. Le Centre accueille toutes et tous, homo ou non. Notre belle société universaliste peut-elle sérieusement en dire autant ?
Michel Bujardet, Président
Centre gai et lesbien
3, rue Keller - BP 255
75524 Paris Cedex 11
http://www.cglparis.org
Accueil téléphonique de 16h à 20h : 01.43.57.21.47
Fax : 01.43.57.27.93

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Adresse de consultation de ce texte :
http://membres.lycos.fr/jgir/tribunal1.htm (index 20)


2003-08-06

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